Cours de change du 19/11/2018 au 21/11/2018

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Le magazine African Banker publie une interview avec le Gouverneur de la BCM


 

Le journal de la banque et de la finance en Afrique, African Banker, a publié, dans son dernier numéro, une interview avec le Gouverneur de la Banque Centrale de Mauritanie, M. Abdel Aziz Ould Dahi. Dans cette interview, M. le Gouverneur a déclaré qu’il a été décidé « la création d’un Centre National de Paiement (CNP) composé de toutes les parties prenantes : il sera une pièce maîtresse dans ce processus de modernisation du système bancaire et financier en Mauritanie ». Il a indiqué que « L’objectif à terme est de réduire considérablement le recours à la liquidité en lui substituant d’autres moyens de paiement plus sûrs, moins coûteux et plus efficaces ».
Ci-après l’intégralité de l’interview.
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Revue des statuts, nouvelle loi bancaire, réforme de la monnaie nationale, modernisation des moyens de paiement, innovations technologiques…. Le Gouverneur explique les changements décidés par la Banque Centrale de Mauritanie.
La transformation d’un pays et son développement se mesurent aussi à l’état de son système bancaire et financier. En Mauritanie, les lignes bougent à vitesse accélérée dans la formation de l’économie.
Petit à petit, le retard structurel est attrapé. D’autant que le pays ne manque pas d’atouts grâce à son sol et son sous-sol. Les bailleurs de fonds –Banque Mondiale, FMI, AFD, etc.- aident à renforcer les capacités du pays pour acquérir les best pratices et pour maîtriser les indicateurs économiques.
Ces derniers mois, l’impulsion la plus significative est venue de la Banque Centrale de Mauritanie qui a fait de la réforme monétaire un axe stratégique de son action. Au-delà de l’état d’endettement, inflation, règles prudentielles… qui font l’objet d’un suivi vigilant, l’émission d’une nouvelle Ouguiya a joué un rôle d’amplificateur pour la bancarisation d’une partie de la population qui a vu tout l’intérêt d’ouvrir de nouveaux comptes bancaires en abandonnant leurs anciens billets. En peu de temps, près de 15.000 personnes ont ouvert un compte bancaire.
Bien sûr, les dirigeants de banque sont en première ligne pour assurer cette dynamique économique. Pour African Banker, le Gouverneur de la Banque Centrale dessine le paysage bancaire et explique les ressorts profonds des choix monétaires du pays.


African Banker : Comment se porte l’économie mauritanienne, du point de vue de sa Banque Centrale ?


Le Gouverneur : Plutôt bien, puisque les perspectives de croissance devraient permettre au pays, grâce aux retombées du secteur gazier notamment, de consolider ses fondamentaux. L’inflation est maîtrisée autour de 2,3% et le gouvernement est en pourparlers avec le FMI pour une rallonge budgétaire. En effet, nous souhaiterions engager une politique monétaire plus active, compte tenu de la rentrée de devises escomptées et mieux piloter les crédits bancaires au secteur privé mauritanien, pour qu’il investisse davantage.
Tant que des réformes structurelles n’auront pas été engagées, nous continuerons à alimenter l’inflation importée du fait de nos achats massifs de produits alimentaires et d’hydrocarbures à l’extérieur. Quant à notre niveau d’endettement, il est raisonnable compte tenu de tous les investissements en infrastructure que nous avons dû réaliser. Le taux d’endettement ne représente que 72% du PIB !


African Banker : Vous avez mis en circulation, le 1er janvier 2018, une nouvelle Ouguiya sur la base de 10 à 1 par rapport à l’ancienne. Pourquoi ce besoin de démonétisation, maintenant ?


Le Gouverneur : Je déduis trois raisons essentielles de cette réforme monétaire : lutter contre l’inflation déguisée d’une part, en réduisant la masse de billet en circulation et faciliter, ainsi, les échanges commerciaux ; faire baisser les coûts de la maintenance fiduciaire qui était élevée à cause de la prédominance et de l’usage excessif du cash dans notre pays à l’instar de la plupart des pays africains ; et améliorer la qualité des billets de banque pour lutter contre la fausse monétaire.


African Banker : Certains y verront une dévaluation déguisée…


Le Gouverneur : Pas du tout ; car, depuis la création de l’Ouguiya en 1973, nous avons subi une très forte érosion monétaire. De surcroît, pour la première fois dans l’histoire de la monnaie de notre pays, c’est toute la gamme de l’Ouguiya qui est changée. Y compris les anciennes pièces qui possèdent une faible utilité monétaire… Et comme les petites dénominations n’étaient plus échangées, certaines hausses de prix n’étaient pas justifiées.
La valorisation des nouvelles pièces et le remplacement des anciens billets de 100 et 200 ouguiyas par des nouvelles pièces de 10 et 20 ouguiyas, nous permettent de réduire considérablement les coûts de l’entretien fiduciaire. Le coût d’entretien des pièces est en effet nettement inférieur aux billets et c’est pour cela que nous avons décidé que les dénominations qui ont le taux de circulation le plus important seront en pièces.
African Banker : Vous avez opté pour des billets en polymère, ce qui constitue une innovation pour l’Afrique. Pourquoi ce choix ?


Le Gouverneur : De grands pays comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et certains pays asiatiques, ont déjà adopté cette technologie révolutionnaire. Si nous avons tenue à y souscrire à notre tour, c’est qu’elle permet d’accroître la durabilité des billets et, donc, de réduire le coût de la maintenance fiduciaire, mais aussi de limiter les contrefaçons. Ces billets sont infalsifiables.
Dans les études, un billet en polymère dure environs neuf ans, mais nous estimons que leur durée de vie sera au moins de cinq ans, compte tenu de notre environnement particulier où les transactions en cash prédominent. Ce qui devrait nous permettre d’amortir en trois ans notre investissement initial consistant à faire produire les billets en polymère au Canada et les nouvelles pièces à Monnaie de Paris.


African Banker : Plusieurs mois après le lancement de cette opération, êtes-vous satisfait ?


Le Gouverneur : Oui ; car, aucun incident majeur n’est intervenu malgré l’étendue immense du territoire mauritanien, sur lequel il fallait acheminer les nouveaux billets et récupérer les anciens. Depuis le 1er juillet 2018, une seule gamme d’Ouguiya est en circulation, bien que les anciens billets puissent encore être échangés jusqu’au 31 décembre 2018, mais uniquement aux guichets de la Banque Centrale. Grâce à une campagne de communication de grande envergure qui a ciblé tous les usagers à travers tous les canaux de communication existants, les résultats ont largement dépassé nos aspirations : au bout de cinq mois, nous avions déjà récupéré plus de 95% de la valeur de la masse en circulation. Nous avons donc bon espoir pour les 5% restants que cela puisse se faire avant la fin de l’année.
De surcroît, le réseau d’agences des banques qui couvre pratiquement tout le territoire national a joué un rôle essentiel, en offrant aux usagers, y compris ceux qui ne sont pas bancarisés, l’échange de leurs anciens billets, gratuitement et en toute confidentialité. Il en va de même pour le Trésor Public à travers son réseau national ainsi que la Mauripost. Les banques en ont profité pour proposer l’ouverture gratuite de nouveaux comptes. Résultats : près de 15.000 nouveaux comptes bancaires ont été créés sur lesquels s’ajoutent 300.000 comptes déjà existants. Ce qui porte le taux de bancarisation en Mauritanie à 30% si on y inclut les institutions de microfinance, mais entre 14% et 15% pour le taux de bancarisation classique.


African Banker : L’une des principales raisons pour la création de la nouvelle monnaie était d’accélérer le développement des paiements électroniques. Où en êtes-vous ?


Le Gouverneur : Effectivement, la modernisation de nos systèmes et moyens de paiement constitue l’un des axes majeurs de notre stratégie. L’objectif à terme est de réduire considérablement le recours à la liquidité en lui substituant d’autres moyens de paiement plus sûrs, moins coûteux et plus efficaces. La réforme en cours s’inscrit dans ce cadre à travers la modernisation de la gestion fiduciaire. Concernant les paiements électroniques, nous prévoyons l’équipement de gros facturiers de TPE et le lancement imminent du paiement par internet. Nous sommes aussi très avancés dans les préparatifs de lancement d’un système de mobile banking.
Parallèlement, nous avons mis en route d’autres chantiers, avec le lancement officiel, le 9 juillet 2018, du Projet d’Appui à la Modernisation des Infrastructures Financières (PAMIF) pour un montant de 5,6 millions de dollars et une durée de 36 mois. Ce projet qui a reçu l’appui de la BAD, vise à fluidifier, sécuriser, fiabiliser et amplifier les flux financiers, et à générer l’éclosion de nouveaux services financiers digitaux répondant aux besoins de la population. Il sera financé par un prêt bonifié d’un montant de 5 millions $ accordé par le Fonds Africain de Développement (FAD) sur une maturité de 25 ans et une contribution de 600.000 $ du gouvernement mauritanien. Le PAMIF complète d’autres interventions de la BCM en matière d’amélioration du climat des affaires et de disponibilité des ressources financières auprès des banques commerciales pour accompagner le développement des entreprises dans le pays. Approuvé en décembre 2017, il a été adopté par le Parlement le 31 mai 2018.


African Banker : Y-a-t-il encore des obstacles administratifs ou juridiques à lever avant que la Mauritanie puisse entrer dans le système monétaire international d’aujourd’hui ?


Le Gouverneur : Oui, mais, la revue du cadre juridique se concrétisera dans très peu de temps avec une nouvelle loi sur les moyens de paiement afin de permettre l’émergence de nouveaux acteurs, notamment les intermédiaires financiers pour le paiement de détail. Nous avons également prévu la création d’un Centre National de Paiement (CNP) composé de toutes les parties prenantes : il sera une pièce maîtresse dans ce processus de modernisation du système bancaire et financier en Mauritanie.


African Banker : Où en êtes-vous de la révision des statuts et de votre vaste programme de transformation de la BCM ?


Le Gouverneur : Nous avons créé Centre de Pilotage Stratégique qui lui est entièrement dédié et lancé parallèlement un Programme de Transformation Organisationnelle de grande envergure. Car, l’adoption de nouvelles législations, les attentes des citoyens, des employés et des acteurs économiques, les relations avec les partenaires et la conformité aux normes et standards internationaux, sont autant de paramètres à considérer dans cette nécessaire transformation.
Nous avons aussi adopté une feuille de route composée de plus de 40 projets qui touchent tous les domaines d’activité de la banque (processus, métier, politique monétaire, gestion fiduciaire, gouvernance, organisation, système d’information, valorisation du capital humain, etc.). le but, effectivement, est de transformer en profondeur les systèmes de management, les processus et la configuration organisationnelle de la BCM à travers des réformes radicales, mais progressives, permettant, à terme, d’améliorer ses performances.


African Banker : Justement, en matière de gestion des ressources humaines, la Mauritanie préconise une « mauritanisation » de ses cadres. Est-ce aussi le cas à la BCM ?


Le Gouverneur : Pour notre part, nous avons adopté une approche de gestion de changement focalisée sur la communication interne. Cette approche participative et inclusive a permis, aujourd’hui, un engagement fort et une large adhésion du personnel de la BCM à tous les projets de transformation que nous avons lancés. Même si différentes sortes de résistance au changement se sont manifestées au départ, ce qui est naturel, nous avons su expliquer…
Pour ce qui est de l’investissement dans le capital humain, oui, bien sûr, il est nécessaire. La ressource humaine est perfectible et nous avons besoin sans cesse de nouvelles compétences du fait même du développement de la Mauritanie. A la BCM, nous développons notre marché financier et envisageons de créer, d’ici 2021, un marché des capitaux, afin de diversifier nos sources de financement. Nous sommes très conscients des attentes que nous suscitons et ferons tout pour y répondre.

African Banker : Que faites-vous pour vous prémunir contre la cybercriminalité ?


Le Gouverneur : C’est un problème global qui n’est pas propre à l’Afrique. Pour l’instant, sur le continent, nous avons même été plus épargnés par ce fléau du fait de nos systèmes informatiques qui sont moins ouverts. Mais, avec la modernisation et les services en ligne, la cybercriminalité finira par arriver. C’est inévitable. Il faut donc nous y préparer et nous avons constitué pour ce faire une cellule sur les Fintechs et la cybercriminalité au sein de la BCM. En ce qui concerne la lutte contre le blanchiment d’argent, la Mauritanie est membre du Groupe d’Action Financière (GAFI). Là encore, une cellule d’analyse financière surveille tous les flux financiers y compris ceux qui pourraient provenir d’activités terroristes transitant par la Mauritanie. Par le passé, la Mauritanie a eu à arrêter des trafiquants de drogue et des terroristes et, compte tenu de nos frontières avec le Maroc, le Mali et le Sénégal, il est préférable d’effectuer une veille constante. Mais, pour l’instant, nous n’avons pas repéré de mouvements financiers suspects qui pourraient nous inquiéter. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’existent pas. C’est pourquoi il faut une alerte constante pour pouvoir parer à toute éventualité.
Propos recueillis à Nouakchott par Christine Holzbauer, envoyée spéciale